Histoire de la dune de la Falaise

Le toponyme de la "Falaise" pourrait induire en erreur celui qui ne connaît pas le parlé local.

En effet, ce terme désignait autrefois en presqu'île guérandaise, non pas un "escarpement littoral dû à l'action ou à la présence de la mer et dont le pied se raccorde ordinairement à un plateforme d'abrasion" (Définition Larousse), mais plutôt "une dune recouvrant des rochers "(F. Guériff, 1969).

On trouve également, et désignant le même site, l'appellation de "Grand' Vallée" (Buron & Simonnin, 1989). Celle-ci évoque, de même, un relief aujourd'hui quasi inexistant


Jusqu'au XIXème siècle

Renoux _Les lavandières dans les dunes de Batz_1870
Ce vaste massif dunaire, aujourd'hui relictuel, entourait encore au début du XIXème siècle, presque l'intégralité du Bourg de Batz dont "le clocher (…) est le seul point qui repose l'œil sur cet espace désert" (Richer Edouard, 1823).


Balzac dans Un drame au bord de la mer (1834)goûte le silence et le paysage pittoresque de ces vastes étendues de sable et laisse ses héros s'attarder dans cette "savane", cette "lande de deux lieues remplie par le sable luisant", qu'il décrit encore comme "l'espèce de désert qui sépare le Croisic du Bourg de Batz". 
La dune couvrait alors près d'une centaine d'hectares.

De ces terres ingrates, les plus démunis essayaient malgré tout de tirer pitance en faisant pâturer leur troupeau ou en récupérant les longs rhizomes de chiendent, utiles à confectionner brosses et balais revendus localement.
 

Ci-dessus : "Les lavandières du Bourg de Batz", Renoux, 1870.
Vue sur la fontaine carré située aujourd'hui rue des Tamaris.
Le massif dunaire s'étendait autrefois au pied du bourg.
Son relief autrefois marqué lui a valu le nom de "Grand'Vallée" du côté du moulin de la Falaise.
Les multiples extractions de sables ont supprimées tous ces modelés du paysage.

Aussi, pendant longtemps, la végétation, consommée par le bétail ou exploitée par l'homme, n'a pas pu suffisamment se développer pour fixer efficacement le sable des dunes.
Comme à La Baule-Escoublac, chaque tempête remobilisait le sable, qui envahissait habitations, prés et marais salants. 
La collecte du chiendent et du jonc, principalement incriminée dans la remise en mouvement des dunes, sera progressivement abandonnée à force d'amendes et de peines de plus en plus sévères. En 1755, les contrevenants à la loi risquent "cent sols d'amande au Roy, de 24 heures de prison et du (...) carcan en cas de récidive".

Gildas Buron, conservateur du Musée des marais salants de Batz-sur-mer, estime la période de fixation définitive des dunes, au cours du XIXème.

 

La dune ces 100 dernières années

Carte postale ancienne - Site de la dune de la Falaise vue depuis la tour St-Guénolé - Batz-sur-mer
Avec l'essor du tourisme balnéaire, des espaces jusque-là délaissés par les locaux, tels que hauts de falaise et dunes, deviennent alors des lieux de prédilection pour la villégiature d'une élite fortunée.
Le but étant de s'inscrire au plus près de l'océan, l'urbanisation et les aménagements qui s'ensuivent, vont bon train.
Ils s'étendent rapidement, et réduisent la dune à ce qu'il en reste aujourd'hui : 18 hectares, enclavés entre des zones bâties et divisés par les routes et la ligne de chemin de fer.

Malheureusement, coupée de l’influence directe de l’océan, la dune a évolué naturellement vers les fourrés en l’absence de grands herbivores pour stopper l’évolution de la végétation.

Si ce développement a pu être favorable à certaines espèces (Saules, Pyrole des dunes, …), il ne l’a pas été pour nombre d’espèces inféodées aux milieux ouverts : Pélobate cultripède, orchidées, …



Cette évolution naturelle a été renforcée par le développement d’espèces végétales ornementales et invasives (Yucca, Eleagnus, Nerprun, Fusain du Japon, Baccharis…), échappées des jardins, qui concurrencent les espèces naturelles.

Considérée comme une friche par beaucoup, elle a fait l’objet durant les 50 dernières années de "maltraitances", usages peu compatibles avec son patrimoine naturel exceptionnel : colonie de vacances, minigolf, terrain de foot, parking, motocross, prélèvements de sable, cimetière, dépôts de déblais de chantier et déchets divers…
De ces usages, seule une petite construction et plusieurs vieux puits occupent la parcelle, bordée sur presque toute sa longueur, d'un muret de pierres.

 

Pour remédier à ces maux et en partenariat avec la commune de Batz-sur-Mer, Cap Atlantique a lancé début 2016 d’importants travaux de restauration des milieux naturels en faveur de la biodiversité.