Le morta, or noir de Brière

La forêt de Brière sommeille depuis 4000 ans. Lorsque la fin de l'été s'annonce et que le marais s'assèche, certains partent à sa recherche. Ils sondent la terre, fouille la tourbe et trouvent la belle endormie, qu'ils réveillent et transforment... en or.

Une forêt pour berceau

Il y a 5000 ans, lorsque la Brière fut séparée de la mer, le Brivet, dernier affluent de la Loire, rinça de ses eaux douces le fond de l'ancien golfe marin. Libérée du sel, la terre nourrie par le cours d'eau, se mit à germer. Des plantes, des feuilles, des troncs apparurent peu à peu et une vaste forêt s'épanouit. Aujourd'hui, on la sait vaste et composée de chênes et de bouleaux mais n'ayant que peu vécu, elle reste mystérieuse. Il faut l'imaginer humide, parcourue de cours d'eau, de ruisseaux. Puis rapidement elle changea quand le Brivet, non content d'abreuver la forêt, la noya. Les uns après les autres, les arbres se couchèrent et se laissèrent recouvrir d'eau, de roseaux, puis de tourbe. Et la forêt s'endormi.
  • Chênes

La forêt engloutie

Prise dans sa gangue de tourbe, la forêt de Brière n'a pas disparu. Les arbres sont toujours là, couchés dans le même sens, recouverts de plus d'un mètre de marais. Imaginez la surprise des Briérons de jadis, parcourant la Brière à la fin de l'été et venus récolter la précieuse tourbe, la promesse d'une chaumière chauffée tout l'hiver. Il faut les voir, arpentant ces planes étendues avec pour seuls points hauts la cime des roseaux. Ils repèrent l'endroit de d'habitude : une cuvette que d'autres ont dessiné avant eux. On sort les outils : la bèche d'abord pour enlever le "paris", la première couche de terre. Puis le "salais", qui coupe la tourbe à la verticale : on l'enfonce sur un mètre et... "toc" : ça butte. On s'interroge et puis on se souvient : voilà encore un autre tronc de cette forêt légendaire.
  • Découverte d'un arbre lors de la coupe de la tourbe

Forêt de légende

Inaccessibles, mystérieux et inquiétants, les marais ont depuis toujours excité l'imagination des hommes. On les disait hantés, d'origine fantastique et la Brière ne fait pas exception. La découverte de ces troncs d'arbres gigantesques inspira nombre de légendes par lesquelles les Brièrons expliquaient l'origine de la Brière et celle de la forêt. L'une d'elle raconte que pour le protéger d'un sorcier, un nain aurait caché un trésor dans la forêt. Ivre de rage, le sorcier aurait appelé une tempête qui transforma la Brière en marais, tandis que l'anguille géante qui y serpentait en dessina les canaux...

Découvrir les légendes de Brière
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La deuxième vie des arbres

Pendant 4000 ans conservés à l'abris de l'air et de l'oxygène, les arbres de la forêt se sont nourris des sédiments de la tourbe et ont engagé une fossilisation. Lorsqu'on les exhume du marais et qu'ils sont encore gorgés d'eau, leur bois est tendre et malléable. Secs, certains deviennent durs comme la pierre et imputrescibles. Les Briérons en ont pris leur parti : ils y ont vu un matériau résistant, apte à supporter le poids de leur toiture de chaume et l'ont utilisé comme bois de charpente. Plus tard, alors que le tourbage n'avait plus cours, on a repris l'exploration du marais pour en extraire ce bois ancestral, ce "Morta" qui se travaille, se façonne, pour revivre dans un couteau, un bijou, un objet du quotidien ou une oeuvre d'art...

Du matériau de construction au bois précieux

La forêt de Brière se composait essentiellement de chênes et de bouleaux. De deux essences, la Brière fit deux Mortas : le Morta rouge, issu du bouleau et le Morta noir, issu du chêne. Pour ses qualités mécaniques, c'était le Morta noir qui était utilisé par les Brièrons en charpenterie. Aujourd'hui, les artisans de Brière en apprécient la densité et l'intense tonalité. Ils le font sécher lentement pour qu'il ne se fende pas et le travaillent aux outils lapidaires. Il devient dans leurs mains couteau, bijou, stylo... Le Morta rouge est apprécié pour sa souplesse et sa couleur rougeoyante. Travaillé encore mouillé, il autorise la création de formes étonnamment souples. Il est le Morta chéri par les artistes auxquels il inspire fluidité et mouvement.
  • Morta

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